Mutuelle de France des Hospitaliers - MFH
Revue de Presse

Appel à la Journée d'Action du 29 Février 2009


Nous sommes à la veille d'un grand rassemblement social initié par la totalité des organisations syndicales représentatives de ce pays. Dans cette période de crise globale, cette mobilisation répond à une nécessité démocratique et à une urgence sociale. Sa capacité d'entraînement prend, dans la situation actuelle, une importance toute particulière.

Nous avons, tous, bien conscience du caractère inédit de la crise dans laquelle nous sommes. Cette crise, par son étendue et sa profondeur mêmes, peut favoriser l'intervention des populations comme la rendre plus difficile.

Dès lors, les Mutuelles de France, parce qu'elles ont toujours encouragé la convergence des forces sociales, dans le respect de l'autonomie des acteurs, ont certainement comme responsabilité particulière de se demander comment le mutualisme peut et doit contribuer le plus efficacement possible, à partir de son propre champ d'intervention, de ses propres moyens d'action, à la construction d'une dynamique sociale durable.

En effet, cette crise, comme toutes les crises structurelles, est là pour durer. Elle va exiger du mouvement social qu'il construise, dans le temps, les rassemblements capables de porter ses réponses.

La crise, qui est autant sociale et sanitaire qu' économique et financière, sollicite l'intervention du mutualisme de manière spécifique. Dans le mouvement social, il est le seul qui puisse intervenir à la fois comme acteur majeur de la solidarité et comme mouvement de santé.

Sans anticiper sur la réflexion collective de nos instances fédérales et sans interférer sur les choix de chacun de nos groupements, après les contacts pris avec nos mutuelles et des échanges avec nos dirigeants fédéraux, nous vous proposons une première approche de ce que peut et doit être l'engagement des Mutuelles de France dans la période actuelle. Non seulement pour notre fédération, mais aussi pour ce que nous pouvons apporter à la mutualité.

La contribution, que nous vous proposons avec ce courrier, est dans la continuité de nos réflexions, de nos décisions de congrès et d'assemblée générale, mais elle tient compte aussi, devant l'ampleur de la crise, du moment neuf dans lequel nous sommes.

Nous sommes dans la continuité de nos réflexions quand on entend le ministre du Budget poursuivre son travail de disqualification sociale de la mutualité en affirmant que les complémentaires ont fait, ces dernières années, assez de profits pour pouvoir payer la taxe CMU sans augmenter les cotisations.

Personne ne veut voir ou ne veut s'avouer que cette taxe porte en elle un transfert complet d'une mission de solidarité nationale qui relève des prérogatives de l'État. C'est une rupture réelle et conceptuelle de la solidarité telle qu'elle a été mise en place au fil de la construction de notre République sociale. Il y a une volonté forte à la fois politique et idéologique de sortir la solidarité du champ de la Sécurité sociale pour la basculer dans celui de l'initiative et du financement privés, c'est à dire sur les ressources des ménages.

Cela favorise l'idée répandue selon laquelle la protection sociale est une charge qui pèse sur l'économie réelle et donc compliquerait d'autant plus toute volonté de relance. La bataille pour une nouvelle répartition des richesses collectives se joue aussi sur le terrain de la santé et de la protection sociale.

Laisser faire ce serait laisser la solidarité jouer contre la solidarité.

Nous sommes aussi dans la continuité quand on voit la difficulté persistante à faire surgir la question de la protection sociale dans le débat public, quand on voit la disproportion de mobilisation politique de la représentation nationale pour deux services publics qui a priori comptent autant l'un que l'autre dans notre société : le service public de la Sécurité sociale et le service public de l'information.

Mais nous sommes aussi dans un moment neuf dont toute la mesure n'a pas encore été prise par les institutions dans lesquelles s'organise l'animation de la démocratie représentative.

Nous entrons dans une séquence de vie sociale où la solidarité dans toutes ses dimensions - égalité démocratique, promotion du bien public, renouveau des services publics, défense de l'intérêt général - reconstitue la base d'une communauté de destin. Cela est vrai dans tous les pays où s'est ouvert un débat public sur les voies à prendre pour sortir durablement de la crise.

En France, ce débat, pour ne pas dire cet affrontement, sur le service public a pris une acuité toute particulière sur l'hôpital public. Le responsable santé de l'UMP, Philippe Juvin, a été jusqu'à dire que chaque année 10 000 personnes mouraient dans les hôpitaux du fait de l'exercice de la médecine.

Tout ceci est parfaitement cohérent avec les déclarations du président de la République du 9 janvier à Strasbourg. Alors même que l'opinion publique, que les personnels soignants, étaient encore sous le coup des drames humains survenus dans plusieurs établissements publics hospitaliers, le chef de l'État n'a rien trouvé d'autre à dire que l'hôpital devait être mieux organisé.

La ministre de la Santé n'est pas demeurée en reste affirmant qu'il n'y a pas de déficit de moyens mais déficit d'organisation . Ces propos sont inacceptables quand on connait la crise budgétaire sans précédent qui frappe l'hôpital public. Ces déclarations sont aussi un piège visant à rendre impossible tout débat qui poserait, en même temps, la question des moyens avec celle de l'organisation.

Nous sommes pour un refinancement de l'hôpital public et de toutes les structures qui participent au service public. Nous sommes pour une réorganisation de l'offre de santé qui ne referme pas l'hôpital sur lui même mais qui encourage une meilleure coordination de tous les offreurs de soins. Cette vision est à l'opposé du partenariat public - privé que le projet HPST veut généraliser et banaliser.

Nous sommes pour une réorganisation de notre système sanitaire dans laquelle le réseau de santé mutualiste doit pouvoir disposer des moyens économiques et de la reconnaissance institutionnelle nécessaires au développement d'une offre de qualité pour tous. C'est dans cet esprit de défense impérieuse de l'hôpital public, c'est avec ces revendications de reconnaissance de la mutualité et ses réalisations sanitaires et sociales que nous allons nous engager dans le débat sur le projet de loi HPST qui, dans son état actuel, n'est pas satisfaisant.

Dans la situation neuve dans laquelle nous sommes où l'utilité économique, écologique, durable, des biens et de pans entiers des activités humaines est actuellement revue à la lumière de la crise globale, le moment est venu de réévaluer des secteurs comme la santé et plus largement les activités liées au bien être des personnes. Faute de quoi la santé, qui est souvent regardée comme une dépense et non pas une source de plus value économique et humaine, risque de sortir du débat actuel sur la relance dans une position encore plus subordonnée aux résultats économiques d'ensemble qu'elle ne l'était déjà.

Le moment est venu de réaffirmer avec davantage de conviction que notre économie de la santé, qui emploie pratiquement un actif sur dix, participe de manière significative à la création de la richesse nationale.

Il faut redire d'autant plus fort que la santé est la grande oubliée du projet de loi "pour l'accélération des programmes de construction et d'investissement publics et privés", le plan de relance de 26 milliards d'euros actuellement soumis à l'approbation de la représentation nationale.

Une nouvelle fois, la santé, est la grande absente du débat public concernant les orientations publiques essentielles pour le devenir de notre société et de ses populations. Cette situation n'est pas acceptable. On ne sortira pas de la crise globale dans laquelle nous sommes sans répondre aux questions sociales, économiques et sanitaires qu'elle pose.

Voilà pourquoi nous demandons que l'économie de la santé fasse l'objet d'un plan de relance au même titre que les autres grands secteurs de l'activité économique nationale. Des efforts, au moins identiques à ceux dépensés pour remettre à flot le système bancaire , doivent être mis en œuvre pour développer et moderniser notre système sanitaire.

L'idée de lancer un grand emprunt d'État pour financer des investissements audacieux dans quelques secteurs industriels et quelques services publics clés est évoquée par certains. Le secteur de la santé doit en être.

La programmation d'un plan national de relance de la santé est devenu une urgence.

Dans la crise économique, financière, sociale actuelle, il y a une crise plus ancienne et plus profonde de notre système de santé et de nos régimes de protection sociale. Il y a une crise, en termes d'inégalités sociales et géographiques, de l'accessibilité à l'offre sanitaire de qualité.

Il y a une crise, en termes de prise en charge collective et solidaire des dépenses de santé, de prévention et des risques sociaux liés à la personne, tels que la perte d'autonomie ou le handicap.

En effet, le cadre collectif que notre société a su donner aux protections sociales de la personne est à un tournant : ou bien nous laissons la solidarité nationale, par manque de ressources mais aussi par manque de convictions en elle, se brise chaque jour un peu plus ou bien nous jetons les bases d'une solidarité nouvelle.

Notre protection social, assise sur la reconnaissance de droits universels, est aujourd'hui dangereusement sous-financée.

Le droit à la santé doit être reconnu comme un droit opposable.

Voilà les questions que les Mutuelles de France veulent porter dans la mobilisation nationale du 29 janvier 2009, initiée par les organisations syndicales. C'est tout le sens de la participation, coordonnée par nos unions de regroupement, des Mutuelles de France à cette journée de manifestations.


Le 22/01/2009


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